Press ReleaseStatement

Exiger le zéro réel, pas le zéro net

25 Oct 2021
Exiger le zéro réel, pas le zéro net

Déclaration du Rassemblement mondial d’Oilwatch International

Les membres du réseau Oilwatch International, des représentants de communautés des régions pétrolières, des organisations non gouvernementales (ONG), des organisations communautaires de base (OCB), le monde universitaire et les médias se sont réunis à Port Harcourt, dans l’État de Rivers, au Nigeria, du 19 au 21 octobre 2021, en présentiel et à distance, pour la toute première édition du Rassemblement mondial d’Oilwatch International.

Le rassemblement, qui avait pour thème Exiger un Zéro réel, pas un Zéro net visait à présenter une issue au bourbier climatique et à proposer de véritables options d’action climatique. Le Rassemblement mondial a examiné d’un œil critique les fausses solutions au changement climatique, notamment le Zéro net, concept que les dirigeants mondiaux, les entreprises et les investisseurs reprennent en chœur alors que le monde se prépare à la COP26.

Les participants ont délibéré sur l’échec de la Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui, au fil des ans, est devenue un espace de négociations commerciales, de promesses commerciales et d’évitement de toute action réelle, en dépit de la catastrophe climatique flagrante qui se déroule. À l’heure où le monde connaît des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment sécheresses, incendies de forêt, cyclones, ouragans et inondations, les dirigeants se laissent happer par de fausses solutions qui verrouillent la dépendance aux combustibles fossiles, avec la promesse de solutions technologiques pour l’élimination du carbone, la gestion du rayonnement solaire et/ou la compensation carbone.

Les conséquences de l’exploitation des combustibles fossiles sur les droits humains et sur les économies primaires, notamment l’agriculture, la pêche et les moyens de subsistance des populations locales, ont également été abordées.

Les participants ont constaté ce qui suit :

  1. Les grands pollueurs, responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), ont continué d’exercer une influence néfaste sur les négociations climatiques, comme en témoigne le nouveau mantra du Zéro net, un ensemble d’algorithmes et de technologies, une version actualisée du mythe de la compensation carbone, qui semble aujourd’hui encore dominer les discussions au détriment de véritables actions climatiques, désormais dans le cadre de l’Accord de Paris.
  2. Le Zéro net et d’autres fausses solutions permettent aux pollueurs de continuer à polluer et verrouillent les activités extractives et autres pratiques néfastes qui renforcent l’industrie des combustibles fossiles.
  3. Le Zéro net efface l’essence même de l’histoire et les responsabilités de réduire les émissions.
  4. Les pays et territoires du Sud global qui n’ont pas contribué de manière significative au problème sont touchés de manière disproportionnée par le changement climatique.
  5. L’industrie des combustibles fossiles et les dirigeants politiques qui lui sont alliés cherchent à étendre l’extraction fossile destructrice dans des lieux tels que le bassin de l’Okavango, en Namibia et au Botswana, le delta du Saloum au Senegal et Delgado au Mozambique, tout en poursuivant leurs activités polluantes dans le Niger Delta, en Amazonie et ailleurs.

À l’issue de débats et de discussions intenses, les participants au Rassemblement mondial ont déclaré ce qui suit :

  1. Il faut mettre fin à la propagation de faux discours tels que les Émissions nettes nulles à un moment où le monde a besoin d’Émissions réellement nulles comme issue à un changement climatique catastrophique.
  2. La COP26 à Glasgow, au Royaume-Uni, ne devrait pas être une arène de délibérations sur de fausses notions telles que les Solutions fondées sur la nature, le Zéro net, la neutralité carbone ou la compensation carbone, mais plutôt sur des actions réelles, notamment le maintien des ressources fossiles dans le sol.
  3. Le recours aux Solutions fondées sur la nature ne devrait pas servir de prétexte à l’accaparement des terres et des mers ni au déplacement des communautés autochtones.
  4. Tous les gouvernements doivent revenir d’urgence à une réduction mondiale contraignante des émissions plutôt qu’aux prétendues Contributions déterminées au niveau national (NDC) qui, selon les calculs de l’ONU sur les engagements soumis jusqu’à présent, conduiront le monde à une hausse catastrophique des températures pouvant atteindre 2,7 °C au-dessus des niveaux préindustriels.
  5. Il ne devrait y avoir aucun nouveau plan d’expansion de l’extraction de charbon, de pétrole ou de gaz, conformément aux meilleures données scientifiques disponibles telles qu’exposées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement.
  6. Une sortie progressive de l’extraction existante des combustibles fossiles, de manière juste et équitable, tenant compte de la dépendance respective des pays aux combustibles fossiles et de l’importance de faire migrer les travailleurs de l’industrie fossile vers des secteurs plus respectueux du social, de l’environnement et du climat.
  7. La nécessité pour les Parties présentes à la COP26 de réintroduire la distinction entre les pays de l’Annexe 1 du Protocole de Kyoto et d’envisager la création de pays de l’Annexe 0, ainsi que d’envisager le paiement de dettes écologiques aux communautés qui ont été sacrifiées au fil des ans tandis que les entreprises de combustibles fossiles engrangent des profits ensanglantés
  8. Garantir une transition juste à l’échelle mondiale vers un accès à 100 % aux énergies renouvelables, sans emprise des entreprises ni exploitation extensive, qui contribue à la souveraineté énergétique, soutienne les économies dépendantes dans leur diversification hors des combustibles fossiles, et permette à tous les peuples et communautés, en particulier dans le Sud global, de s’épanouir.
  9. Les communautés devraient jouer un rôle majeur et être entendues dans les négociations de la COP, car elles sont en première ligne des catastrophes climatiques qui surviennent partout dans le monde.
  10. Les communautés touchées par le pétrole qui subissent des impacts, comme le Niger Delta ou l’Amazonie équatorienne, doivent faire l’objet d’un véritable assainissement. Les compagnies pétrolières doivent rendre des comptes et ne pas continuer d’agir en toute impunité.
  11. Les entreprises de combustibles fossiles et autres entreprises extractives, ainsi que les gouvernements complices liés à des violations des droits humains, doivent rendre des comptes, être contraints de se désinvestir et obligés d’indemniser équitablement les défenseurs de l’environnement, les activistes du climat et les communautés qu’ils ont fait des victimes.
  12. La libération immédiate du personnel arrêté de l’Africa Institute for Energy Governance (AFIEGO), membres d’Oilwatch Africa en Uganda, et l’arrêt de tout nouveau harcèlement des défenseurs de la Terre à travers le monde.

La déclaration est approuvée par :

  1. Oilwatch International
  2. Oilwatch Africa
  3. Oilwatch Latin America
  4. Oilwatch South East Asia
  5. Health of Mother Earth Foundation(HOMEF), Nigeria
  6. World Rainforest Movement, Uruguay
  7. Accion Ecologica, Ecuador
  8. Oil Change International, Africa
  9. Indigenous Environmental Network
  10. Kalikasan People’s Network for the Environment, Philippines
  11. Friends of Lake Turkana, Kenya
  12. Environmental Rights Action/Friends of the Earth, Nigeria
  13. Federation of Organizations for Social and Educational Assistance (FASE)
  14. Centre for Environmental Justice, Togo
  15. Friends of the Earth Togo
  16. Peace Point Development Foundation, Nigeria
  17. Policy Alert, Nigeria
  18. We The People, Nigeria
  19. Kabetkache Women Resource Development Centre, Nigeria
  20. People Advancement Centre, Nigeria
  21. Lekeh Development Foundation, Nigeria
  22. SWAYA, Nigeria