Ne rouvrez pas les puits — Démantelez, dépolluez et restaurez l'Ogoniland

Port Harcourt, État de Rivers | Août 2026
L’émergence signalée de Dutchford Exploration and Production Company Limited comme adjudicataire du champ pétrolier de Yorla South, dans la zone de gouvernement local de Khana en pays ogoni, est une évolution profondément inquiétante qui ne doit pas devenir un nouveau chapitre de la longue histoire de destruction environnementale et de violations des droits humains du delta du Niger.
Nous sommes catégoriques : NE ROUVREZ PAS LES PUITS. Démantelez-les. Dépolluez-les. Restaurez la terre. Protégez les populations. L’Ogoniland a assez souffert.
Pendant des décennies, le peuple ogoni a porté le fardeau d’une économie pétrolière qui a extrait la richesse de sa terre en n’y laissant qu’un sol empoisonné, une eau contaminée, des écosystèmes dégradés, du torchage de gaz et un héritage de conflit. La réponse à cette histoire n’est pas de rouvrir de vieux puits et d’entamer un nouveau cycle d’extraction. La réponse doit être la restauration.
La reprise signalée de l’exploitation pétrolière dans le champ de Yorla South intervient malgré les conclusions historiques du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), qui a documenté une contamination étendue dans tout l’Ogoniland et appelé à une remise en état complète. Comment le gouvernement peut-il envisager une nouvelle production pétrolière en pays ogoni alors que les blessures environnementales de la production précédente restent béantes ? Ce n’est pas du développement. C’est une tentative dangereuse de transformer un désastre non résolu en une nouvelle frontière pétrolière.
L’OGONILAND N’EST PAS UN CHAMP PÉTROLIER VIDE
Derrière chaque licence pétrolière il y a une communauté : des fermes, des rivières, des criques, des mangroves, des zones de pêche, des foyers et des terres ancestrales. La mémoire de Ken Saro-Wiwa et des huit militants ogoni exécutés en 1995 nous rappelle avec force que cette lutte a toujours porté sur la dignité, la survie, la justice et le droit d’un peuple à décider de ce qu’il advient de sa terre. Nous ne pouvons pas honorer cette histoire en rouvrant des puits dont l’héritage environnemental reste non résolu, et nous ne pouvons pas permettre que la recherche de revenus pétroliers prime une fois de plus sur la vie humaine et la protection de l’environnement.
LA MARÉE NOIRE DE KPEAN : UN DÉSASTRE QUI SE POURSUIT ENCORE
Ce n’est pas une préoccupation hypothétique. Kpean, la communauté qui accueille quatorze des puits de Yorla, vit en ce moment même un désastre pétrolier non résolu. En août 2025, du brut s’est échappé d’une tête de puits vieille de plusieurs décennies, à l’arrêt depuis 1993, et s’est répandu dans les terres agricoles, les cours d’eau et les sources d’eau potable. Une nouvelle fuite, des mois plus tard, a détruit encore davantage de terres agricoles. Des mois après, Kpean n’a reçu aucune dépollution digne de ce nom : les terres ne peuvent plus être cultivées, on ne peut plus pêcher dans les rivières ni y puiser à boire, et les habitants décrivent des maladies et des morts inexpliquées parmi les personnes et le bétail.
Reprendre la production à Yorla South dans ce contexte est un affront à Kpean et à l’environnement. Cela reviendrait à :
● Réactiver un champ dont l’infrastructure existante a déjà déversé du brut sur les terres de Kpean, sans que ces dégâts aient été réparés ;
● Demander à une communauté qui vit encore avec une eau contaminée et la maladie d’accepter une reprise de l’extraction avant tout dépollution, indemnisation ou soins de santé ;
● Mettre sous pression des têtes de puits déjà défaillantes du fait de l’âge et de la corrosion, multipliant le risque de nouvelles éruptions et fuites ;
● Traiter la souffrance persistante de Kpean comme un coût acceptable pour faire des affaires ; et
● Répéter, en temps réel, le schéma même contre lequel cette déclaration met en garde : d’abord l’extraction, jamais la restauration.
Aucune licence ne devrait être autorisée à progresser tant que la marée noire de Kpean n’aura pas été pleinement enquêtée, dépolluée, et son peuple rétabli dans ses droits.
PAS DE NOUVEAU ORORO-1, PAS DE FLAMMES D’OKRIKA, PAS DE POLLUTION AU GAZ DE BILLE
Le delta du Niger a vu ce qui arrive quand les avertissements sont ignorés. Le désastre du puits Ororo-1, dans l’État d’Ondo, source incontrôlée de pollution aux hydrocarbures après une éruption, est un avertissement sur les conséquences d’infrastructures vieillissantes, abandonnées et mal gérées : l’Ogoniland ne doit pas connaître son propre Ororo-1. Pas de nouveaux puits abandonnés. Pas de nouveaux hydrocarbures incontrôlés. Pas de nouveaux passifs environnementaux transmis d’une génération à l’autre.
Les flammes d’Okrika et d’autres communautés productrices de pétrole ne sont pas des symboles de développement pour ceux qui vivent en dessous : elles représentent des années d’exposition à la pollution, à la chaleur et à des émissions dangereuses. Nous rejetons tout retour à un modèle de production qui traite les communautés comme des zones de sacrifice. Et l’expérience de Bille et d’autres communautés riveraines est un avertissement supplémentaire : les criques et les cours d’eau du delta du Niger ne sont pas des égouts industriels mais des sources de nourriture, de culture, de subsistance et de vie. Il ne doit y avoir ni nouveau torchage de gaz, ni évacuation systématique, ni nouvelle pollution aux hydrocarbures façon Bille en Ogoniland.
L’OGONILAND A BESOIN D’UNE DÉPOLLUTION, PAS DE NOUVEAU PÉTROLE
Si le gouvernement fédéral est réellement attaché au peuple ogoni, sa priorité doit être limpide : dépolluer l’Ogoniland, restaurer les criques, remettre en état les sols contaminés, protéger la santé des communautés, rétablir les moyens de subsistance et tenir les pollueurs responsables. Avant que quiconque ne parle de produire un baril de brut de plus en Ogoniland, le gouvernement doit démontrer qu’il a traité honnêtement la pollution et les passifs environnementaux laissés par les opérations pétrolières précédentes. Un avenir crédible pour l’Ogoniland ne peut se bâtir sur un sol contaminé.
NOUS EXIGEONS UN MORATOIRE SUR TOUTE NOUVELLE PRODUCTION
Si l’attribution signalée de Yorla South est confirmée, nous exigeons un moratoire immédiat sur toute tentative de reprise de la production tant qu’il n’y aura pas eu :
● Une évaluation complète et indépendante de l’état environnemental du champ de Yorla South et des communautés environnantes ;
● Une remise en état immédiate et complète de la marée noire en cours à Kpean, y compris une indemnisation et un soutien sanitaire pour les habitants touchés ;
● La divulgation publique de la licence, de la structure de propriété, des plans de développement et des obligations environnementales attachées à l’actif ;
● Des études d’impact environnemental et social approfondies, et une consultation véritable et sérieuse des communautés ogoni concernées ;
● Une évaluation indépendante de l’infrastructure existante et des puits abandonnés, ainsi qu’un plan clair de démantèlement et de remise en état des infrastructures héritées ;
● La résolution des litiges juridiques et communautaires en suspens ;
● Un suivi environnemental transparent dont les résultats sont publiquement accessibles aux communautés ; et
● Un cadre juridiquement contraignant établissant la responsabilité des passifs environnementaux présents et historiques.
La consultation des communautés ne doit pas être un exercice de pure forme mené une fois les décisions déjà prises. Les personnes dont la terre est concédée doivent avoir une voix réelle pour déterminer ce qu’il advient de cette terre.
OGONISER ET YASUNISER : LA PLACE DE L’OGONILAND DANS UN MOUVEMENT MONDIAL
Oilwatch International, avec la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF) et des alliés du monde entier, a appelé le monde à « ogoniser et yasuniser » : à s’inspirer de l’exemple du peuple ogoni, qui a imposé l’arrêt de l’extraction pétrolière sur son territoire en 1993, et du peuple équatorien, qui a voté en 2023 pour laisser sous terre le pétrole des champs Ishpingo-Tambococha-Tiputini du Yasuni. Ogoniser et yasuniser, c’est défendre des territoires d’importance écologique et culturelle contre l’extraction, rejeter l’idée que les communautés de première ligne doivent être sacrifiées au profit des revenus des énergies fossiles, et affirmer que certains lieux sont tout simplement trop précieux pour être exploités.
Toute tentative de rouvrir les puits de Yorla ne ferait pas qu’effacer trois décennies de résistance ogoni : elle affaiblirait un mouvement qui inspire aujourd’hui des communautés de l’Ouganda à la Namibie jusqu’au Brésil à dire non à l’extraction fossile sur leur propre terre. L’Ogoniland doit rester ce qu’il est devenu : la preuve qu’un peuple peut arrêter une économie pétrolière et exiger la restauration à la place. Nous appelons le gouvernement, l’industrie et la communauté internationale à ogoniser et yasuniser l’Ogoniland : à laisser le pétrole de Yorla sous terre et à investir plutôt dans une véritable dépollution et restauration.
L’OGONI NE DOIT PAS ÊTRE SACRIFIÉ POUR UN BARIL DE PLUS
Nous rejetons l’argument selon lequel les difficultés économiques du Nigeria justifieraient de rouvrir à tout prix des champs pétroliers écologiquement compromis. Un revenu sans responsabilité environnementale n’est qu’un désastre différé. L’Ogoniland regarde. La société civile regarde. Le mouvement pour les droits environnementaux continuera de documenter, de dénoncer et de contester toute tentative de sacrifier les droits du peuple ogoni à des intérêts pétroliers de court terme. Nous disons donc, clairement et sans équivoque :
NE ROUVREZ PAS LES PUITS. DÉMANTELEZ-LES. DÉPOLLUEZ L’OGONILAND. DÉPOLLUEZ KPEAN MAINTENANT. RESTAUREZ LA TERRE ET L’EAU. PAS DE NOUVEAU ORORO-1. PAS DE FLAMMES D’OKRIKA. PAS DE POLLUTION AU GAZ DE BILLE. OGONISEZ ET YASUNISEZ L’OGONILAND.
PAS DE NOUVEAU GÉNOCIDE ENVIRONNEMENTAL EN OGONI.
L’Ogoniland a assez donné. Son peuple a assez souffert. Ses rivières ont charrié assez de pétrole. Son sol a absorbé assez de poison. L’avenir de l’Ogoniland ne doit pas être un nouveau boom pétrolier : il doit être un boom de la restauration. L’Ogoniland n’a pas besoin d’un baril de brut de plus. L’Ogoniland a besoin de justice.
Signé et fermement soutenu par
1. Oilwatch International
2. Health of Mother Earth Foundation (HOMEF)
3. Quest for Growth and Development Foundation
4. Rights Advocacy and Development Centre – RADEC
5. Oilwatch Africa
6. Lekeh Development Foundation
7. The Young Environmentalist Network (TYEN)
8. No REDD in Africa Network(NRAN)
9. Centre for environmental research and Agricultural innovations (CERAI)
10. Fishers Development Network
11. Environment Rights Action/Friends of the Earth Nigeria (ERA/FoEN)
12. Oilwatch Ghana
13. Safe Space Development Foundation
14. Centre for Citizens Conserving Environment & Management (CECIC)
15. Kouga Community Development Forum
16. Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA)
17. HOMEF South Sudan
18. FishNet Alliance Network
19. Peace Point Development Foundation –PPDF
20. Rooted Rising Initiative
21. Society for Women and Youth Affairs (SWAYA)
22. Climáximo
23. Centre pour la Justice Environnementale – Togo
24. AICED RDC
25. Magamba Network
26. Youth for Environmental Sustainability and Development (YESD)
27. Policy Alert
28. Connected Advocacy
29. Kallop Humanitarian and Environmental Centre
30. ROSA LUXEMBURG STIFTUNG WEST AFRICA
31. Hope for Tomorrow Initiative (HOFTI Centre)
32. International Climate Change Development Initiative
33. Jeunes Volontaires pour l’Environnement Benin (JVE BÉNIN)
34. Réseau des OSC béninoises pour le Développement des Energies Renouvelables (RODER BENIN)
35. Global Network of Civil Society Organization for Disaster Risk Reduction (GNDR) in Bénin
36. Youth Coalition for Climate Adaptation (YC4CA)
37. Rainbow Watch and Development Centre
38. Social Development Integrated Centre – Social Action
39. Oficina de Derechos de la naturaleza
40. The Greenheart Movement
41. Voices for Change
42. Cosmopolíticas
43. Coalition Nationale pour la Justice Climatique au Bénin (CNJC Bénin)
44. CRADHE Chad
45. Amazon Watch
46. Vamos Por los Derechos Bogotá
47. Laudato Si’ Movement
48. Kebetkache Women Development and Resource Centre
49. Oilwatch Nigeria
50. We the People
51. Speak up Now Initiative (SUNI)



