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Nettoyer le delta du Niger et mettre fin au génocide environnemental

8 May 2024
Nettoyer le delta du Niger et mettre fin au génocide environnemental

Les Nigérians méritent à juste titre de vivre dans une société qui se distingue par la paix, la sécurité humaine et la prospérité, dans la conviction que tous les citoyens et les agents publics ont le devoir d'apporter chaque contribution constructive à la réalisation véritable de ces objectifs.

En tant que composante d'un mouvement plus large de la société civile et du leadership environnemental, nous appelons notre Président à honorer l'engagement qu'il a prêté en faveur du renouveau national, en réclamant une action rapide pour mettre fin à l'écocide (génocide environnemental) dans le delta du Niger, qui menace de plus en plus l'existence même de toute la région, entrave le plein potentiel économique de notre pays et maintient constamment la sécurité nationale à des niveaux de risque élevés.

Nous sommes convaincus que notre Président sait pertinemment que l'écosystème du delta du Niger est, depuis une soixantaine-dizaine d'années, en proie à une pollution pérenne sans précédent liée aux activités de production pétrolière, favorisée ou aggravée par un système de réglementation environnementale profondément dysfonctionnel, conflictuel et compromis, depuis que le pays a découvert du pétrole commercial dans la province d'Oloibiri, avant l'indépendance du Nigeria. Cette dévastation qui s'aggrave a hissé et classé le delta du Niger parmi les régions les plus polluées par le pétrole et le gaz au monde.

Selon les registres officiels très limités de l'organisme nigérian de détection des déversements (National Oil Spill Detection and Response Agency – NOSDRA), on a dénombré 16 263 (seize mille deux cent soixante-trois) déversements de pétrole sur la période de 17 ans allant de 2006 à 2023. Cela représente environ 823 483 (huit cent vingt-trois mille quatre cent quatre-vingt-trois) barils de pétrole déversés, soit l'équivalent de 4 103 (quatre mille cent trois) camions-citernes ou 130 933 797 (cent trente millions neuf cent trente-trois mille sept cent quatre-vingt-dix-sept) litres de pétrole brut, d'après les données de la NOSDRA. Ces chiffres ne sont qu'une infime fraction de la réalité, car ils excluent 5 456 (cinq mille quatre cent cinquante-six) déversements pour lesquels les entreprises responsables n'ont pas fourni à la NOSDRA d'estimations des quantités déversées. De plus, les estimations sont généralement et « bien compréhensiblement » largement minorées par les exploitants. Les données de certains déversements majeurs, comme l'éruption d'Aiteo sur l'OML 29 qui a duré 38 (trente-huit) jours en novembre-décembre 2021, sont également omises.

Par ailleurs, on remarquera que les statistiques prudentes de déversements de la NOSDRA citées ci-dessus n'incluent pas les données pour les 50 (cinquante) années allant de 1956, lorsque le puits Oloibiri 1 a été foré, jusqu'à 2006, année de création de la NOSDRA. Nous avons aussi omis les volumes de gaz torchés en continu pendant 68 (soixante-huit) ans, ainsi que les millions de barils tout aussi néfastes d'effluents toxiques et d'« eau de production » déversés sans traitement dans les rivières, les marécages et les mangroves comme déchets au cours de la production. Si l'on tient compte de ces omissions et non-divulgations, ce sont facilement un milliard de litres d'équivalent pétrole brut qui ont été rejetés dans l'écosystème du delta du Niger, prix payé par les communautés locales pour la production pétrolière du Nigeria.

L'état catastrophique de l'environnement de la région est mondialement notoire et trop bien documenté pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. L'un des derniers rapports d'experts sur le sujet (intitulé AN ENVIRONMENTAL GENOCIDE: The human and environmental cost of Big Oil in Bayelsa, Nigeria) a été publié deux semaines avant la dernière investiture de M. le Président, par le panel international de haut niveau constitué par le gouvernement de l'État de Bayelsa, dont l'organe directeur comprend l'ancien président John Kufuor du Ghana, la baronne Valerie Amos (ancienne Secrétaire générale adjointe de l'ONU et ministre britannique) et l'ancien archevêque d'York, le baron John Sentamu.

La série de rapports accablants sur la destruction écologique de la région du fait de l'extraction pétrolière comprend aussi l'Évaluation environnementale de l'Ogoniland réalisée en 2011 par les Nations unies (PNUE), le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur la biodiversité dans le delta du Niger, des rapports de l'Union internationale pour la conservation de la nature (commandés par le géant pétrolier Shell lui-même), l'étude environnementale du delta du Niger de 1997 (également commandée par Shell), une série de rapports d'Amnesty International et des Amis de la Terre, ainsi que des études menées par la Commission BRACED (constituée par les gouvernements des États de Bayelsa, Rivers, Akwa Ibom, Cross River, Edo et Delta).

Compte tenu de l'échec manifeste d'une longue série de présidents, de ministres du Pétrole et de l'Environnement et de régulateurs en chef à reconnaître la gravité indescriptible de ce ravage, ses graves répercussions socio-économiques et sécuritaires pour le Nigeria, et à le résoudre de manière globale, nous invitons M. le Président à effectuer une visite sur place, accompagné des ministres et régulateurs concernés, et éventuellement du Conseiller à la sécurité nationale, sur certains des sites suivants, qui ne sont que quelques exemples de dévastation, afin de constater par vous-même : Polobubo et Ogulagha dans l'État de Delta ; Ibeno, Mbo et Ikot Ada Udo dans l'État d'Akwa Ibom ; Awoye dans l'État d'Ondo ; Bille, Obagi et Rumuekpe dans l'État de Rivers ; et Gbarain/Ekpetiama, Nembe, Aghoro et Otuabagi (où se trouvent les premiers puits de pétrole du Nigeria) dans l'État de Bayelsa.

Au cœur des dynamiques mondiales du XXIe siècle, et particulièrement dans le contexte du changement climatique et de l'action climatique, le Nigeria ne peut continuer d'agir comme s'il ignorait l'importance de ses dotations en biodiversité et de ses impératifs écologiques. Nous pouvons nous comparer à de nombreux pays qui produisent davantage de pétrole, en tirent des revenus bien plus élevés, mais protègent malgré tout jalousement et de façon rentable leur environnement et leurs écosystèmes. La Norvège, dotée d'un fonds souverain de mille milliards de dollars issu des pétrodollars (et d'une population de 5,5 millions d'habitants, contre 228 millions pour le Nigeria), en est un exemple de premier ordre, mais elle veille à ce que ses eaux restent immaculées, ce qui permet à ses solides industries de la pêche et maritimes de prospérer. L'Écosse et les Émirats arabes unis en sont d'autres.

Nous sommes convaincus que M. le Président et le gouvernement ont à l'esprit les nombreux engagements du Nigeria au titre de traités et de conventions internationaux, notamment ceux relatifs aux droits universels, aux droits environnementaux et aux droits des peuples autochtones, ainsi qu'au changement climatique. Les engagements pris par M. le Président devant un public mondial lors de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP 28) à Dubaï, aux Émirats arabes unis, il y a à peine quatre mois, sont également frais dans les mémoires. Une action véritable pour dépolluer le delta du Niger constituerait un excellent bilan pour le Nigeria, et en particulier pour Votre Excellence, alors que le monde se réunira de nouveau lors de la prochaine Conférence sur le climat, la COP 29, dans environ six mois.

L'injustice sociale persistante qui consiste à financer le développement national au prix d'un tel écocide extrême pour les communautés de la région productrice de pétrole du delta du Niger, ou pour les communautés partout ailleurs au Nigeria, doit être réparée de toute urgence, sans aucun faux-semblant comme ceux observés sous les administrations précédentes. Avec le désinvestissement en cours de leurs actifs onshore restants au Nigeria par les grandes compagnies pétrolières internationales (IOC), et leurs énormes passifs environnementaux impayés plongés dans l'incertitude juridique, ce qui laisse présager de nouveaux risques et une escalade des tensions sociales pour les communautés, le moment est venu pour M. le Président d'agir comme le Protecteur en chef des communautés nigérianes.

DES SOLUTIONS IMMÉDIATES MAIS DURABLES :

Nous recommandons que, pour résoudre la crise environnementale et créer un héritage sans précédent dans le delta du Niger et au Nigeria en général, parmi d'autres priorités cardinales, les mesures suivantes soient prises :

  • Le Président devrait publier un décret exécutif créant un Programme et un Fonds fiduciaire de remédiation environnementale du delta du Niger. Celui-ci pourrait être soit indépendant du Projet existant de remédiation de la pollution par les hydrocarbures (HYPREP), qui supervise actuellement la dépollution de l'Ogoniland, soit rattaché à celui-ci, mais avec un Fonds fiduciaire distinct du Fonds fiduciaire Ogoni, un Conseil de gouvernance élargi et un système de gestion irréprochable conçu pour éviter les contradictions qui ont historiquement miné le HYPREP et les progrès discutables de la dépollution de l'Ogoni. Les tâches du Programme comprendraient un audit sanitaire définitif, en plus de l'audit environnemental habituel des zones touchées.
  • L'adoption des Principes nationaux sur le désinvestissement et le démantèlement dans l'industrie pétrolière nigériane, conformément à ceux récemment élaborés par une vaste coalition d'organisations communautaires, de la société civile et internationales, à la suite de missions de terrain et de concertations approfondies dans le delta du Niger.
  • Remède au vol de pétrole et au vandalisme des installations : pour éviter ou réduire la repollution, optimiser la production et atténuer l'insécurité qui y est associée, adopter une approche soigneusement articulée face à ce crime économique (fondée sur des consultations larges et approfondies des parties prenantes, auxquelles nous sommes prêts à participer si nécessaire). La nouvelle stratégie devrait être préventive, proactive, inclusive, responsable, et dépasser le recours actuel des autorités à des méthodes militaires étatiques et non étatiques qui peuvent souvent se révéler tragiquement contre-productives, comme les résultats l'ont montré par intermittence.

SOURCES DE FINANCEMENT : conjuguées aux marges financières du gouvernement fédéral, les financements devraient provenir en premier lieu des exploitants et des partenaires de coentreprise détenant des concessions pétrolières, sur la base de chiffrages crédibles de la remédiation dans leurs périmètres respectifs et conformément au principe universel du pollueur-payeur (PPP). Des sources de financement supplémentaires pourraient inclure (I) le Fonds de remédiation environnementale créé mais non encore opérationnel au titre de la loi sur l'industrie pétrolière (Petroleum Industry Act), (II) les pénalités de torchage de gaz payées par les exploitants, (III) une partie du Fonds écologique existant, au moins pour couvrir les évaluations immédiates des impacts et des coûts à l'échelle de la région, (IV) une part des fonds statutaires de la Commission de développement du delta du Niger, dont la mission statutaire comprend expressément un mandat de résolution écologique et de la pollution largement négligé depuis sa création, (V) les passifs de démantèlement et les fonds de restauration prévus dans les accords miniers pétroliers et (VI) les fonds et ressources internationaux en matière d'environnement, de climat et d'impact qui peuvent être mobilisés au moyen de stratégies et de canaux appropriés.

MERCI : mettre fin au génocide écologique dans le delta du Niger et dans d'autres zones ravagées par les cicatrices de l'extractivisme est une tâche qui ne peut être différée. Nous appelons M. le Président et son équipe à faire le nécessaire et à offrir aux Nigérians un environnement sûr où vivre et s'épanouir dans la dignité.

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