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Bâtir le pouvoir populaire pour l'action régionale – Niger Delta Alternatives Convergence

4 Jul 2024
Bâtir le pouvoir populaire pour l'action régionale – Niger Delta Alternatives Convergence

La Niger Delta Alternatives Convergence (NDAC) a vu le jour en 2022, sous l'impulsion de dirigeants, de militants, de communautés et d'universitaires, au terme d'un examen attentif des réalités socio-écologiques de la région. Le processus a dressé le bilan des impacts de plus de 6 décennies d'extraction des ressources naturelles dans la région, et de la façon dont elle a façonné les réalités existentielles des populations. Il a été résolu de lancer une campagne pour traiter les préoccupations socio-écologiques majeures de la région et plaider en faveur d'une justice réparatrice. La NDAC a été instituée comme un forum pan-delta du Niger de dialogue, de décision stratégique et d'action.

Contraintes par la nécessité d'un consensus parmi les populations de la région pour restaurer l'environnement dégradé et rendre aux populations leur dignité, la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF) et Oilwatch Africa, en collaboration avec d'autres OSC et les peuples de la région, ont créé la Niger Delta Alternatives Convergence (NDAC) en 2022, comme un espace où les peuples du delta du Niger, notamment les nationalités ethniques, les leaders d'opinion, les institutions traditionnelles, les universitaires, les OSC, les OCB, les organisations confessionnelles et les habitants des communautés peuvent converger et échanger autour des enjeux (environnementaux, écologiques, socioculturels, de subsistance, de changement climatique, d'insécurité, etc.) de la région et proposer ensemble des recommandations concrètes qui restaureront l'environnement saccagé et la dignité des populations.

Les première et deuxième Convergences se sont tenues respectivement à Uyo et à Port Harcourt, en 2022 et 2023. Lors de la réunion inaugurale, la NDAC a adopté une stratégie visant à repositionner le delta du Niger et ses multiples défis socio-écologiques comme une revendication cruciale de politique nationale. Cela a abouti à l'adoption du Manifeste du delta du Niger pour la justice socio-écologique, un document que des milliers de personnes ont depuis approuvé comme document régional de plaidoyer et de politique.

La troisième Niger Delta Alternatives Convergence s'est tenue à Abuja, au Nigeria, le mercredi 19 juin 2024, sous la présidence de Sa Majesté Royale le roi Bubaraye Dakolo, l'Ebenanaiewe du royaume d'Ekpetiama, dans l'État de Bayelsa, au Nigeria. Parmi les participants venus de tout le continent figuraient Kwami Kpondzo, du Togo, Ibrahim Thiam, du Sénégal, Oba Oluwambe Ojagbohunmi (JP), souverain traditionnel de la communauté d'Ayetoro, des représentants du Pan Niger Delta Elders Forum (PANDEF), des nationalités ethniques de la région, des communautés, des universitaires et des OSC.

Dans son mot de bienvenue, le directeur de la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF), Nnimmo Bassey, a souligné la nécessité de rompre avec l'extractivisme néocolonial. Il a fait observer que la région du delta du Niger est traitée comme une zone de sacrifice depuis le début des années 1950 jusqu'à aujourd'hui, relevant les impacts extrêmement négatifs de l'extraction du pétrole et du gaz, ainsi que la déforestation massive et les diverses formes d'érosion des terres comme des littoraux. La région pâtit aussi de difficultés d'accès à l'eau potable dues à la pollution des eaux de surface et souterraines, de crimes organisés orchestrés, ainsi que de la perte de moyens de subsistance.

Les manœuvres de désinvestissement tortueuses et grossières des coupables — les IOC, leurs collaborateurs locaux et le gouvernement nigérian — ont été mises en lumière. Il a en outre souligné que le processus de désinvestissement en cours, entouré de secret, approfondit et renforce le pillage séculaire de la région et constitue en réalité un stratagème pour échapper à la reddition de comptes et à la responsabilité des dommages infligés au territoire et aux populations. La NDAC réclame un cadre de désinvestissement en bonne et due forme ainsi que des audits environnementaux, sociaux et sanitaires à l'échelle de la région, entre autres exigences. « La NDAC ne fait pas que mettre en lumière les immenses défis de la région, elle propose aussi des voies claires pour sortir du bourbier. C'est un espace crucial pour impulser des actions en faveur de la région, pour la transformation, et elle crée un modèle d'action pour les autres zones touchées au Nigeria et en Afrique. Il s'agit des populations et de la planète », a-t-il déclaré.

Le delta du Niger est, sans conteste, l'un des lieux les plus pollués de l'univers. Telle a été la phrase d'ouverture du président de la troisième NDAC, le roi Bubaraye Dakolo. « C'est notre réalité, et il est de notre devoir collectif d'élever la voix. Avec près de 7 décennies d'exploitation du pétrole et du gaz dans ce pays, cela a fondamentalement transformé le tissu même des populations des communautés. Gagner sa vie dans la région est très difficile. Ce sont là des réalités rendues possibles par l'extractivisme. »

Le monarque, portant un regard sévère sur la loi sur l'industrie pétrolière (PIA), l'a qualifiée de loi anti-peuple qui criminalise les communautés. Sur la question des multinationales qui se désengagent, il a insisté sur le fait que «notre environnement doit être restauré avant que quiconque ne fasse le moindre pas. Nous avons le devoir de leur demander des comptes et, même si, au bout du compte, elles doivent partir, il doit exister un programme clair de restauration. »

De nombreux messages de bienveillance et interventions ont afflué en soutien à la Convergence pour son rôle dans l'avènement de la justice dans le delta du Niger et en Afrique dans son ensemble ; parmi les points affirmés figure la nécessité pour le gouvernement d'aller au-delà des alertes précoces aux inondations et d'agir réellement en relogeant les personnes touchées par les inondations et en soutenant les moyens de subsistance des populations. Des messages sont parvenus d'Emmanuel Kuyole, de la Ford Foundation, du Dr Emmanuel Akpanobong, de l'Adaha Ibibio Elders Forum et secrétaire national adjoint à l'organisation du PANDEF, et du Dr Ken Robinson, du PANDEF.

Le Pr G. G. Darah a prononcé un puissant message de solidarité dans lequel il a affirmé qu'il ne peut y avoir de Nigeria sans le delta du Niger, relevant que la richesse de la région a servi à enrichir d'autres États du pays au prix de l'appauvrissement du delta du Niger. Il a aussi dénoncé la colonisation économique du delta du Niger depuis 1969, année où fut pris le décret pétrolier numéro 51, en vertu duquel le pétrole et le gaz appartiennent au gouvernement fédéral du Nigeria. Ce décret est toujours en vigueur à ce jour, même après le passage au régime civil.

Le discours d'ouverture a porté sur : Près de sept décennies d'extraction d'hydrocarbures : les impératifs d'une justice socio-écologique dans le delta du Niger et a été prononcé de façon concise par le Pr Ibibia Lucky Worika. Il a avancé que « le manque de véritable reddition de comptes et d'intégrité environnementales de la part des compagnies pétrolières et gazières opérant dans cette région au fil des décennies a causé des dommages colossaux à l'environnement et aux droits humains des habitants locaux. D'autre part, la défaillance de contrôles réglementaires efficaces des opérations pétrolières et gazières a contribué à aggraver la situation». Le discours s'est achevé sur un poème de Hygenius Ekwuazi intitulé : Pictures I've Tucked Away in My Memory. Le poème dépeint la situation de la vie dans le delta du Niger, où les populations ont été dépossédées de leurs terres et de leur eau, un triste récit devenu le vécu des populations. Cela a été encore renforcé et appuyé par une table ronde intitulée : Living with Oil: Historical and Contemporary Realities of Hydrocarbon Extraction in the Niger Delta.

Les alternatives juridiques pour une justice socio-écologique dans le delta du Niger : les options de désinvestissement et la loi sur l'industrie pétrolière ont été débattues par Me Iniruo Wills. La présentation a identifié trois grandes catégories de personnes ou d'entités : les coupables, les complices et ceux qui laissent faire, responsables des immenses dommages écologiques que subit le delta du Niger. Les cadres et lois pertinents ont été examinés, et les actions et alternatives juridiques disponibles ont été présentées. Parmi les recommandations figuraient : l'adoption des modèles de la Bayelsa State Oil and Environment Commission (BSOEC), du PNUE pour l'Ogoniland et de la Bodo Mediation Initiative, et leur reproduction dans tous les États ; les gouverneurs du groupe BRACED devraient obtenir une audience auprès du président pour susciter le lancement urgent du Programme d'évaluation et de remédiation environnementale du delta du Niger ; les gouverneurs du groupe BRACED devraient obtenir une audience auprès des PDG et des propriétaires effectifs des compagnies pétrolières et gazières pour imposer une action urgente au moyen d'un accord de pollution zéro ; le gouvernement de l'État de Bayelsa doit mettre en œuvre le rapport BSOEC/Sentamu. Il a aussi jugé crucial de pouvoir chiffrer l'ampleur des pertes subies, tant économiques que non économiques.

Les résolutions de la NDAC comprennent les points suivants :

  1. La transition énergétique du Nigeria doit s'appuyer sur le consensus des communautés pour être juste et durable.
  2. L'article 257 de la PIA devrait être supprimé, car il criminalise les communautés et fait indûment peser sur elles la responsabilité de protéger les infrastructures pétrolières, alors qu'elles n'ont ni les ressources ni la capacité d'assumer cette fonction.
  3. La remédiation écologique doit être assurée par les entreprises polluantes, et leurs droits d'usage des terres devraient être révoqués par les gouvernements des États si elles s'y dérobent.
  4. Il doit y avoir une évaluation des impacts (environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux) des près de 70 ans d'exploration et d'exploitation du pétrole et du gaz.
  5. Les revendications contenues dans le Manifeste doivent être portées à la base comme un appel de ralliement à l'action dans le delta du Niger
  6. Reconnaître que les femmes sont touchées de manière disproportionnée et qu'il faut des interventions délibérées pour répondre à leurs besoins particuliers.
  7. Le démantèlement complet des installations et des plateformes pétrolières pour éviter les éruptions de puits et autres catastrophes du même ordre.
  8. Des plans adéquats de relogement pour les victimes du changement climatique et un soutien à leurs moyens de subsistance doivent être prévus.
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