Le paradoxe de Londres au centre de la « ruée vers le gaz » – Africa Energies Summit

L'Africa Energies Summit se tiendra au Royaume-Uni, à Londres, du 16 au 18 mai, pour discuter des opportunités d'investissement et de développement du paysage énergétique du continent, en rapide mutation.
L'énergie est essentielle à la croissance et à la prospérité de toute économie moderne, et l'on estime que près d'un milliard d'Africains n'ont pas accès à une énergie propre et durable ; pourtant, les enjeux énergétiques de l'Afrique et les projections pour l'avenir seront débattus sur un autre continent, loin des côtes africaines.
Nnimmo Bassey, directeur de HOMEF, a déclaré : « L'Afrique est traitée comme un simple lieu géographique où piller et exploiter ses peuples et ses ressources. Cela s'est aussi fait, historiquement, avec la complicité d'élites tapies dans l'ombre du “développement”. Un sommet d'une telle ampleur devrait tenir compte du coût réel des activités des industries extractives pour les communautés à travers le continent, au lieu de blanchir son rôle dans le vaste cataclysme environnemental. »
Bassey a poursuivi : « Dans les années à venir, l'Afrique doit être prête à monter en puissance dans le développement et l'investissement en infrastructures renouvelables. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), ), l'Afrique possède 60 % des meilleures ressources solaires du monde, mais seulement 1 % de la capacité de production solaire. »
Des intervenants de haut niveau de Somalie, d'Angola, de Gambie, du Malawi, du Liberia, d'Égypte et du Ghana, entre autres, plaideront pour l'expansion pétrolière au nom de leurs gouvernements, en partenariat avec des géants du pétrole et du gaz d'Europe comme BP, Shell, ExxonMobil et TotalEnergies. Bien que Shell ait récemment signé un accord pour céder sa participation de 30 % dans le champ pétrolier de Cambo, elle n'a toujours pas répondu de sa pollution généralisée et systémique au Nigeria au cours des soixante dernières années.
Les pollueurs présents à ce sommet quittent les eaux terrestres, côtières et peu profondes pour se déplacer vers les grands fonds marins, comme dans le cas du Nigeria, laissant derrière eux une traînée de destruction sans aucune conséquence. La Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) a averti que, dans les pays qui investissent dans les infrastructures de combustibles fossiles, les dirigeants légueront une dette à porter pour les générations à venir.
Cet assaut de grande ampleur, mû par l'avidité et l'affairisme de l'industrie des combustibles fossiles, doit être traité avec les gouvernements, dans le respect de l'objectif de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, avec un dépassement de température nul ou limité, conformément aux réductions évaluées par le GIEC dans son Sixième rapport d'évaluation.
Quelques cas de communautés touchées par l'extraction de combustibles fossiles
Nigeria : Depuis plus de six décennies, l'extraction incessante de Shell dans les communautés ogoni, à Okrika, Ogulagha, Ikarama jusqu'à Koloama et dans d'autres communautés de Benue et de Kogi, a contraint les populations à vivre avec la pollution : leur eau, leur terre et leur air ont été gravement affectés. L'espérance de vie moyenne des habitants de la région tourne autour de 41 ans.
Ghana : La région occidentale du Ghana est constituée de communautés côtières et abrite l'essentiel des champs d'exploration et de production de pétrole et de gaz offshore du pays. Les pêcheurs de zones comme Axim et Half Assini sont parmi les plus durement touchés par les procédés extractifs. Des dispositifs comme les zones de sécurité (rayon de 500 m) établies autour des installations pétrolières en mer, et la destruction potentielle des écosystèmes marins, réduisent l'espace de pêche maritime, ce qui affecte par conséquent le secteur de la pêche artisanale à petite échelle.
RDC : En RDC, où se déroulent l'exploration et l'exploitation des combustibles fossiles et d'autres formes d'extraction, ces activités ont engendré pollution, perte de moyens de subsistance et de biodiversité. Elles ont aussi alimenté des conflits armés dans la région.
Sénégal : le Sénégal est présenté comme le géant de l'Afrique, avec des investissements provenant du gouvernement allemand ainsi que des gouvernements britannique, néerlandais, suédois et suisse, qui ont investi 70 millions de dollars dans les immenses réserves de gaz du pays. Pour les communautés de pêcheurs de Saint-Louis, cela a entraîné une dégradation des moyens de subsistance, de nombreuses femmes se tournant vers la prostitution pour survivre.
Ouganda : le projet EACOP posera une multitude de problèmes environnementaux et risque de ne pas respecter plusieurs accords mondiaux et régionaux, ainsi que les objectifs de zéro émission nette fixés par les pays concernés.
Malheureusement, certaines de ces communautés sont aussi parmi les plus durement frappées par les impacts du changement climatique, prises en étau entre les impacts climatiques mortels et les effets environnementaux dangereux de l'exploration et de l'exploitation des combustibles fossiles.
Contacts médias pour joindre les porte-parole et accéder aux recherches :
Kome Odhomor, responsable médias et communications, OilWatch Africa, kome@homef.org, +234 803 753 2160



