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Arrêtez de gazer le continent ! – COMMUNIQUÉ DE LA CONFÉRENCE 2022 D'OILWATCH AFRICA

22 Aug 2022
Arrêtez de gazer le continent ! – COMMUNIQUÉ DE LA CONFÉRENCE 2022 D'OILWATCH AFRICA

Oilwatch Africa (OWA) a tenu sa Conférence 2022 et son Assemblée générale annuelle à Accra, au Ghana, du 8 au 12 août. Le thème de ce rassemblement continental était Stop Gassing the continent : Pipelines of Discontent (Cessez de gazer le continent : des pipelines de mécontentement). La conférence a réuni des présentations et une représentation d'OSC, de militants, d'universitaires, de journalistes, de pêcheurs et d'éco-défenseurs issus de communautés touchées par les combustibles fossiles à travers le continent, et a offert une nouvelle occasion d'approfondir la mission d'OWA en tant que réseau de peuples et d'organisations bâtissant la solidarité pour mettre fin à l'expansion des activités pétrolières et gazières, compte tenu de leurs impacts négatifs sur les populations et l'environnement en Afrique.
Parmi les principales observations formulées par les délégués figuraient :
Que la ruée actuelle sur les ressources pétrolières, gazières et minérales de l'Afrique constitue la perpétuation de modes extractifs d'exploitation coloniale, qui ont condamné le continent à la traite négrière prédatrice, suivie du pillage massif des ressources agricoles et forestières, avant l'itération actuelle centrée sur les minéraux et les combustibles fossiles.
Que l'argument selon lequel l'Afrique mérite d'exploiter ses ressources naturelles pour atteindre l'autosuffisance énergétique et le développement occulte le fait que l'extraction des ressources naturelles a historiquement été orientée vers l'exportation au profit des besoins de consommation du Nord global, et vise rarement les besoins du continent, et que le discours des dirigeants africains selon lequel les combustibles fossiles pourraient être utilisés par le continent comme un carburant de transition « moins nocif » est une illusion, car le gaz contribue massivement au changement climatique par sa teneur en méthane.
Que le financement et le développement continus de projets massifs de pipelines tels que le projet d'oléoduc de pétrole brut est-africain (EACOP), le projet de gazoduc ouest-africain (WAGP) et le gazoduc transsaharien, entre autres, constituent une agression contre les droits fonciers des communautés et laissent présager des perturbations massives des moyens de subsistance, des conflits, des violations des droits humains et une dégradation environnementale à travers le continent
Que la tendance actuelle par laquelle les compagnies multinationales de pétrole et de gaz revendent leurs parts dans les actifs pétroliers et gaziers onshore et se retirent des pays africains ou vont plus au large constitue une démission de la responsabilité des dommages historiques causés par leurs activités dans ces pays
Que l'Accord de Paris et son objectif de 1,5 degré Celsius, tel que porté par les prétendues Contributions déterminées au niveau national (CDN), est une immense trahison pour l'Afrique, car le continent se réchauffe à environ 50 % au-dessus de la moyenne mondiale, ce qui signifie que, selon les CDN, l'Afrique est condamnée à littéralement brûler dans le meilleur des scénarios.
Que l'Afrique est riche en énergies renouvelables et que, compte tenu de la compétitivité croissante des technologies d'énergie propre, elle a le potentiel de faire progresser sa transition énergétique sur une trajectoire zéro carbone. Par exemple, l'Afrique possède le plus haut potentiel solaire au monde mais n'en représente actuellement qu'une infime part.
Que les pays industrialisés ont fait preuve d'insincérité en dépensant régulièrement près de 2 000 milliards de dollars par an en matériel militaire et en guerre, tout en traînant les pieds sur leurs engagements climatiques, en particulier le financement de l'adaptation.
Que les normes politiques mondiales et régionales émergentes autour d'une prétendue révolution de l'économie bleue constituent une menace massive pour les ressources maritimes et aquatiques des communautés côtières africaines et pour l'environnement du continent, et encourageront davantage la pêche illégale et la surpêche dans ses eaux.
Qu'il y a eu une recrudescence de la persécution des éco-défenseurs à travers le continent par les compagnies pétrolières et leurs collaborateurs étatiques, et que ce climat répressif s'est aggravé ces derniers temps par la prolifération de prétendues réformes réglementaires du pétrole et du gaz (telles que la loi nigériane sur l'industrie pétrolière de 2021) qui rétrécissent l'espace civique en limitant la voix et l'action des communautés touchées par l'extraction dans les décisions relatives à leurs ressources naturelles et à leur environnement.
Oilwatch Africa a dénoncé les efforts visant à enfermer l'Afrique dans la voie exploitante des combustibles fossiles pour satisfaire les besoins énergétiques des nations polluantes et nourrir la cupidité de l'industrie des combustibles fossiles. Pour garantir une transition juste et assurer la justice climatique à nos peuples, la conférence a formulé les revendications suivantes :

  1. Il doit y avoir un arrêt de toutes les nouvelles activités d'exploration et d'extraction de charbon, de pétrole ou de gaz en Afrique, conformément aux impératifs de la transition énergétique. Nous exigeons en particulier l'arrêt des plans d'exploration et d'expansion pétrolières dans le bassin des Virunga en RDC, la région de Keta au Ghana, le delta de l'Okavango au Botswana, le bassin du fleuve Orange en Namibie, ainsi que l'arrêt de tous les plans concernant le projet de gazoduc ouest-africain, le projet de gazoduc transsaharien et le projet d'oléoduc de pétrole brut est-africain, entre autres.
  2. Que les gouvernements africains doivent tirer parti de l'accueil de la COP27 cette année pour exiger des mesures d'envergure sur l'adaptation et le financement climatiques, y compris une réduction des émissions à la source
  3. Les gouvernements africains devraient exiger des pays industrialisés pollueurs une dette climatique annuelle de 2 000 milliards de dollars, soit le montant qu'ils consacrent actuellement chaque année au matériel militaire et à la guerre. Cela financerait les pertes et préjudices et servirait de réparations partielles pour les dommages historiques.
  4. Que les multinationales du pétrole et du gaz qui prévoient actuellement de désinvestir et d'échapper à leur responsabilité pour les dommages historiques causés aux communautés africaines (telles que Shell et Exxon Mobil dans le delta du Niger au Nigeria) devraient restaurer l'environnement et indemniser les communautés pour l'écocide commis sur leurs territoires avant leur départ.
  5. Les États africains doivent élaborer des plans de transition énergétique justes et centrés sur l'Afrique là où ils n'existent pas, et là où ils existent, intégrer ces plans dans des plans nationaux de développement plus larges, d'une manière qui tienne compte de l'immense potentiel renouvelable de l'Afrique
  6. Les pays africains et l'Union africaine doivent avancer avec prudence à l'égard de la prétendue économie bleue, et surtout dénoncer sans condition toutes les tentatives visant à normaliser l'exploitation minière des grands fonds marins (DSM) au sein du continent.
  7. Que les institutions financières internationales, y compris la Banque africaine de développement et les agences de crédit à l'exportation, cessent tout financement des projets de combustibles fossiles en Afrique
  8. Que les gouvernements africains et les organisations internationales respectent le droit à la vie des défenseurs des droits humains et des éco-défenseurs du continent, de plus en plus réprimés.

Adopté le 11 août 2022, par les membres et organisations d'Oilwatch Africa provenant de :

  1. Côte d'Ivoire
  2. République démocratique du Congo
  3. Ghana
  4. Kenya
  5. Mozambique
  6. Nigeria
  7. Sénégal
  8. Afrique du Sud
  9. Soudan du Sud
  10. Swaziland/Eswatini
  11. Tchad
  12. Togo
  13. Ouganda

Organisations / Réseaux

  1. FishNet Alliance
  2. Policy Alert
  3. We the People
  4. Peace Point Development Foundation
  5. Oilwatch Ghana
  6. Oil Change International
  7. Host Communities Network, Nigeria
  8. Environmental Rights Action/Friends of the Earth Nigeria
  9. Kebetkache Women Development Centre
  10. Foundation for Development in the Sahel (FDS)
  11. Health of Mother Earth Foundation
  12. Africa Institute for Energy Governance (AFIEGO)
  13. Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE)
  14. Justica Ambiental (JA)
  15. Ground Work
  16. Friends of Lake Turkana
  17. Femmes Solidaire (FESO)
  18. Centre for Research and Action on Economic, Social and Cultural Rights (CRADESC)