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Déclaration 2019 d'Oilwatch Africa

25 Jun 2020
Déclaration 2019 d'Oilwatch Africa

Mettre fin à l'addiction extractiviste

Déclaration du delta du Niger d'Oilwatch Africa : les peuples avant le pétrole, la nourriture avant le pétrole et le poisson avant le pétrole Les membres du réseau, les alliés et les représentants des communautés d'Oilwatch Africa se sont réunis dans la ville de Port Harcourt, dans le delta du Niger, au Nigeria, du 6 au 8 août 2019, pour évaluer et débattre des impacts de l'extraction des combustibles fossiles sur l'environnement, principalement sur l'eau, le sol et l'air. La conférence a délibéré sur les impacts de l'extraction des combustibles fossiles sur les droits des populations, notamment ceux liés à la pêche, à l'agriculture, à la santé et au bien-être social. Elle a élaboré des stratégies pour construire des plateformes communes, des réseaux et une résistance à l'expansion de l'exploration des combustibles fossiles en Afrique.

Des participants venus de 15 pays, dont le Nigeria, ont largement débattu, partageant les expériences de leurs contextes respectifs, mettant en lumière les préoccupations majeures, les impacts et les luttes des populations liés à l'extraction des combustibles fossiles. Ils ont examiné le modèle alarmant d'extractivisme effréné auquel le continent est confronté aujourd'hui, la manière dont les intérêts du capitalisme corporatif ont retourné le continent, sondant le moindre recoin pour en extraire les ressources naturelles.

Ils ont dénoncé les agissements des entreprises qui accordent peu, voire aucune attention au bien-être des communautés locales qui dépendent de l'environnement pour leur subsistance. Cela se traduit par des niveaux choquants de pollution et de crise de l'eau, de pénuries alimentaires, de risques sanitaires, d'accaparement des terres, de militarisation, d'inégalités croissantes, de pauvreté et de conflit dans ces communautés, du fait des activités d'extraction des combustibles fossiles.

La conférence d'Oilwatch Africa a également examiné le lien crucial entre l'extraction des combustibles fossiles et la crise climatique dont l'Afrique souffre déjà : de l'expansion des sécheresses aux inondations dans les plaines côtières. Elle a tout autant critiqué la façon dont l'extraction des combustibles fossiles a alimenté la corruption et conduit à la capture de l'État, étouffant ainsi les perspectives de développement en Afrique, subvertissant nos économies, recolonisant notre continent et asservissant nos populations.

L'importance du Climate Chance Summit comme espace unique pour recueillir la contribution des acteurs non étatiques en Afrique et relever les défis liés aux impacts du changement climatique a été reconnue. Le deuxième Climate Chance Summit du continent se tiendra en octobre 2019 au Ghana et offrira une occasion unique d'exiger la fin de la dépendance aux énergies fossiles.

Les participants ont exprimé leur regret que les gouvernements des pays africains soient restés silencieux tandis que cette dangereuse exploitation et expropriation se poursuit. Résolvant que des actions urgentes

sont nécessaires pour sevrer l'Afrique de sa dépendance aux fossiles et empêcher que le continent ne soit entièrement dégradé et détruit, ils ont affirmé qu'il est impératif et immédiat que les pays africains se désengagent des combustibles fossiles et investissent dans un système énergétique propre, juste et renouvelable.

Les membres, alliés et représentants des communautés d'Oilwatch Africa ont déclaré ce qui suit :

  1. L'appétit incontrôlé des dirigeants africains pour les dollars des combustibles fossiles les a rendus aveugles aux données empiriques accablantes qui confirment la réalité selon laquelle l'extraction des combustibles fossiles embrase à vive allure notre mère la Terre.
    1. Les gouvernements ont failli à leur responsabilité de protéger l'environnement et de préserver les moyens de subsistance des populations, croyant à tort que les bénéfices monétaires de l'extraction fossile sont un remède au changement climatique. Le continent africain sera le plus durement touché, comme en témoignent les ouragans qui ont frappé le Mozambique, le Zimbabwe, le Malawi et l'Afrique du Sud en mars et avril 2019.
  2. L'impact sur les femmes et les enfants découlant de la pollution des terres agricoles, de la contamination des eaux douces et de la destruction des écosystèmes halieutiques est criminel et exige une action immédiate.
  3. Constater que la civilisation de l'énergie fossile est le fléau à l'origine de la crise climatique actuelle constitue une raison impérieuse d'interdire toutes les formes d'exploration fossile, dans les eaux douces, les océans, les forêts et les parcs nationaux, à travers le continent et ailleurs.

Dans cette optique, le Réseau exige ce qui suit :

  1. Aucune nouvelle réserve de combustibles fossiles ne devrait être ouverte sur le continent
  2. Les activités de remédiation devraient débuter immédiatement sur tous les sites d'extraction de combustibles fossiles du continent.
  3. Un audit sanitaire et environnemental immédiat sur les sites d'extraction de combustibles fossiles du continent.
  4. Le processus de dépollution de l'Ogoniland devrait être accéléré et achevé dans les délais prévus.
  5. Toute politique de privatisation de l'eau sur le continent doit être révoquée. L'eau doit être considérée comme un élément essentiel du bien-être des populations et comme un droit humain fondamental.
  6. Les gouvernements africains devraient relever les normes de gouvernance afin de mettre fin aux conflits effrénés et aux accaparements de terres qui y sont liés, inspirés par les intérêts de l'extraction des énergies fossiles.
  7. Les Africains doivent faire front commun dans la lutte mondiale pour la justice climatique, se tenir solidaires des populations du delta du Niger et du mouvement contre le charbon en Afrique.

Les membres, alliés et représentants des communautés d'Oilwatch Africa, solidaires des peuples du delta du Niger, rappellent au monde les martyrs des luttes pour la justice environnementale en Afrique et dans le monde. Cette année marque le 24e anniversaire de l'exécution de Ken Saro-Wiwa, le leader ogoni, militant et principal champion de la justice environnementale en Afrique. Oilwatch Africa a résolu que leurs combats ne seront pas vains et que les responsables de leur assassinat doivent répondre de leurs actes.

Signé par

Les représentants des communautés, les alliés d'Oilwatch Africa présents et des représentants du Cameroun, du Tchad, de la RD Congo, du Ghana, du Kenya, du Mozambique, du Nigeria, du Sénégal, de l'Afrique du Sud, du Swaziland, du Togo et de l'Ouganda.

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